Guet-apens dans la guerre des images
[Qui a tué le jeune Palestinien de Netzarim, Mohammed Al-Dura, le 30 septembre 2000 ? La diffusion planétaire des images de l’agonie du petit garçon ont fait des ravages un petit peu partout dans le monde, entretenant et développant la haine à l’encontre des israéliens. Entre des enquêtes et pseudo-enquêtes sur une mort énigmatique, deux journalistes ont mené une enquête sérieuse qui tente de démêler le vrai du faux. Pour que nos lecteurs soient correctement informés, nous ajoutons la réponse de Charles Enderlin au Figaro (27 janvier 2005) et un article de fond sur l’Affaire Al-Dura paru dans la revue Regards du 17 février 2004.]

mise en ligne : jeudi 27 janvier 2005

Par Denis Jeambar et Daniel Leconte - Le Figaro - 25 janvier 2005

Partis pour faire notre travail journalistique de façon honnête, nous voilà aujourd’hui accusés d’être les complices d’une manoeuvre malhonnête, voire conspirationniste, un comble. C’est dire l’état d’une certaine presse en France.

Résumons. Depuis plusieurs années, la Mena, une agence francophone de presse israélienne, et la rédaction de France 2 s’affrontent. A l’origine de cette bataille médiatique, la fusillade du carrefour de Netzarim, dans les Territoires, le 30 septembre 2000. Elle oppose des soldats israéliens à des soldats palestiniens. Entre les deux, des lanceurs de pierres. Et parmi eux, un enfant et son père, pris dans la fusillade. Charles Enderlin, le correspondant de France 2 en Israël, n’est pas sur place. Il récupère les images tournées par son cameraman palestinien, Talal Abou Rama. Il les monte. Et le soir, sur l’antenne de France 2, il les commente de la façon suivante : « Ici Djamal et son père. Ils sont la cible des tirs venus de la position israélienne. L’enfant fait des signes mais... une nouvelle rafale... l’enfant est mort et son père est blessé. »

Faux, rien ne permet de dire que l’enfant a été tué par des soldats israéliens, affirme très vite la Mena. Et pendant trois ans, l’agence de presse accumule des indices troublants qui mettent en cause la version donnée par Charles Enderlin. Plutôt que les tirs israéliens, elle évoque des tirs palestiniens et demande des explications. En guise de réponse, France 2 se retranche derrière des arguments juridiques et décide de ne plus bouger.

C’est dans ce contexte que nous sommes approchés, il y a six mois environ, par Luc Rozensweig, ancien du journal Le Monde. Nous savons les ravages causés par cette image, la haine qu’elle a entretenue et développée sur place, chez nous, dans les banlieues dites sensibles, et partout ailleurs dans le monde, où elle a été présentée sur la base du commentaire fourni par Charles Enderlin comme un exemple de la barbarie israélienne.

Après discussions, nous acceptons donc d’accompagner Luc Rozensweig dans son enquête pour tenter de savoir ce qui s’est vraiment passé ce jour-là au carrefour de Netzarim. Mais pour empêcher les manoeuvres médiatiques habituelles, nous demanderons à Luc Rozensweig de garder le secret jusqu’au bout. Nous entendons même nous réserver la possibilité de ne rien dire s’il n’y a rien à dire de plus que ce qu’on connaît déjà.

C’est ce que nous faisons. Luc Rozensweig enquête et nous présente des faits totalement contradictoires avec la version officielle donnée par Charles Enderlin et Talal Abou Rama. Rozensweig va même plus loin. Il reprend les thèses de la Mena et suggère que les images de l’enfant et de son père sous le feu des balles pourraient être le résultat d’une mise en scène organisée par les Palestiniens.

A ce stade de l’enquête, Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, accepte de nous rencontrer. Et de collaborer sincèrement et courageusement à la recherche de la vérité. Nous lui présentons les éléments en notre possession. Nous lui confions nos doutes sérieux sur la version fournie par Enderlin et Talal Abou Rama. Mais dans le même temps, nous ajoutons que nous sommes prêts à écarter les accusations de Rozensweig sur la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal Abou Rama confirme ce que Charles Enderlin a déclaré à deux reprises au moins, dont à Télérama : « J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable... Cela n’aurait rien apporté de plus. »

Arlette Chabot accepte sans réticence. Sauf que le visionnage des rushes ne nous apprend rien de plus sur « l’agonie de l’enfant ». Ou plutôt, si ! Cette fameuse « agonie », qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage, n’existe pas.

En revanche, le visionnage permet de relever, avec l’approbation de nos confrères de France 2 présents autour de la table que, dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène. Ils « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires. Le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes.

Face à cette dernière remarque, nos confrères de France 2 reconnaissent que rien effectivement ne permet de dire que l’enfant a été touché par des tirs israéliens. Leurs experts ont même démontré, nous assurent-ils, que l’enfant a été touché par des éclats ( ?) ou par des balles qui auraient ricoché sur la chaussée, des balles qui en tout état de cause ne visaient ni l’enfant ni son père. « De toute façon, conclut l’un d’entre eux, on ne pourra jamais savoir d’où venaient les tirs. »

Autrement dit, en attribuant la mort de l’enfant à des tirs israéliens le soir même sur France 2, Charles Enderlin a extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman. Pourquoi ? Pourquoi a-t-il privilégié cette interprétation ? Dans quel but ? Peu importe, le fait est là et suffit en soi à revisiter toute cette affaire de fond en comble pour trier le vrai du faux.

Alors que, de part et d’autre, nous nous sommes engagés dans ce travail, la Mena, informée sans que nous le sachions par Luc Rozensweig, rend public le lendemain, dans une longue dépêche, les détails de la rencontre entre France 2 et nous. Elle profite même des premières conclusions auxquelles nous sommes arrivés la veille avec France 2 pour pousser l’avantage et exposer la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant, thèse que, pour notre part, nous n’avons, faute de preuves sérieuses, jamais reprise à notre compte.

Sollicités par la presse, nous choisissons de nous taire. Nous savons en effet que dans le tintamarre orchestré par la Mena, nous ne pouvons plus être entendus. France 2, entre-temps, d’ailleurs, nous a présenté des éléments sérieux qui réfutent la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant. Nous décidons alors d’interrompre notre enquête comme le fait la presse sur bien des sujets tous les jours.

Aujourd’hui que le tintamarre est un peu retombé, il redevient possible de dire les choses et qui sait, peut-être, d’être enfin entendus. A ceux qui, comme la Mena, ont voulu nous instrumentaliser pour étayer la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant par des Palestiniens, nous disons qu’ils nous trompent et qu’ils trompent leurs lecteurs. Non seulement nous ne partageons pas ce point de vue, mais nous affirmons qu’en l’état actuel de notre connaissance du dossier, rien ne permet de l’affirmer, bien au contraire.

A certains journalistes « médias » qui ont tenté d’amalgamer notre point de vue à celui de la Mena pour mieux le discréditer, nous voulons dire qu’ils participent une fois de plus à rendre ce dossier opaque. Il n’en avait pas besoin. En tout cas, compte tenu de la valeur symbolique de ces images et de leurs effets ravageurs, c’est un devoir professionnel pour tous, nous semble-t-il, d’éviter les approximations et de dire exactement ce que l’on sait. Ni plus ni moins.


Denis Jeambar est journaliste et Daniel Leconte journaliste, producteur et réalisateur.


Non à la censure à la source

Par Charles Enderlin - Le Figaro - 27 janvier 2005

Je dois remercier Denis Jeambar et Daniel Leconte pour leur tribune publiée par Le Figaro (1). Evoquant la mort à Gaza du petit Mohammed al-Dura le 30 septembre 2000 et filmée par Talal Abou Rahmeh de France 2, ils admettent qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène. Le directeur de L’Express et mon excellent confrère, journaliste de télévision, considèrent que la Metula News Agency (NDLR : citée sous l’abréviation « Mena » dans leur article) a voulu les « instrumentaliser ». Ouf !

Pour en arriver là, il aura fallu que France 2 retourne dans le camp de réfugiés al-Boureij à Gaza chez le père, Jamal al-Dura, pour lui demander de montrer ses cicatrices devant la caméra. Il a répété sur la tombe de son fils qu’il était prêt à témoigner.

Les lecteurs du Figaro doivent savoir que cette « Agency » et d’autres sites Web mènent, depuis quatre ans, une campagne diffamatoire affirmant que toute cette histoire n’est que du cinéma tourné par les génies de la propagande palestinienne. Certains allant même jusqu’à affirmer que l’enfant serait encore vivant ! Bizarre ? Oui, mais cela a eu pour résultat que ma famille et moi-même avons reçu des menaces considérées comme sérieuses par la police israélienne.

Nous avons été obligés de prendre des mesures de sécurité avant de changer de domicile. Plusieurs plaintes en diffamation ont été déposées. En France, un individu qui m’a menacé de mort a été condamné et jugé.

Mais revenons à l’article de Denis Jeambar et Daniel Leconte. Ils posent la question suivante : pourquoi Enderlin a-t-il dit dans son reportage que les balles venaient de la position israélienne ? Voici les réponses :

D’abord, parce que, au moment de la diffusion, le correspondant de France 2 à Gaza, Talal, qui a filmé la scène, indiquait que tel était le cas. Là, je dois répéter que, journaliste reporteur d’images, Talal travaille en toute confiance pour notre chaîne depuis 1988. Dans les jours suivants, d’autres témoignages - de journalistes et de certaines sources - sont venus me confirmer les faits. Il en était de même pour les réactions des chefs de l’armée qui allaient dans le même sens tout en rejetant sur les Palestiniens la responsabilité des affrontements et, plus tard, en lançant un débat sur l’origine des tirs. Toutes choses dont j’ai rendu compte dans les journaux de France 2.

Mais, à aucun moment, l’armée ne nous a écrit pour nous proposer de collaborer à une enquête en bonne et due forme. Proposition que nous avons malgré tout faite par écrit auprès du porte-parole de Tsahal sans jamais recevoir de réponse. Sans cela, pour les uns et les autres, le débat ne sera jamais clos.

Ensuite, parce que, pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. D’ailleurs, Ben Kaspit du quotidien israélien Maariv révélera un secret militaire deux années plus tard : durant le premier mois de l’Intifada, Tsahal avait tiré un million de cartouches de calibre divers, 700 000 en Cisjordanie et 300 000 à Gaza (2). Des enfants palestiniens se sont retrouvés en première ligne. Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes (3). Les envoyés spéciaux sur place et les reportages filmés sur le terrain peuvent le confirmer.

Dans ce contexte, Denis Jeambar et Daniel Leconte évoquent l’utilisation qui a été faite de l’image de la mort de l’enfant et posent ainsi un problème fondamental : lors de la réalisation de son reportage, un journaliste doit-il tenir compte de l’usage malhonnête qui pourrait en être fait ultérieurement par des groupes extrémistes ? Une telle exigence signifierait une inacceptable censure à la source.

Quant aux éléments de mon reportage qu’ils relèvent par ailleurs, je suis à leur disposition pour leur fournir toutes les explications nécessaires.

Charles Enderlin est journaliste à Jérusalem. (1) Le Figaro du 25 janvier 2005. (2) Maariv, 6 septembre 2002. Ben Kaspit cite le général Amos Malka, chef des renseignements militaires. (3) Chiffres du Btselem, l’organisation israélienne des droits de l’homme (http://www.btselem. org/English/Statistics/index.asp).


Pour en savoir plus :

Affaire Al-Dura : la pseudo enquête d’une imposture

par Nicolas Zomersztajn - Regards 563 - 17 février 2004

La diffusion planétaire des images de la mort de Mohammed Al-Dura et l’incertitude en ce qui concerne l’origine des tirs, ont préparé le terrain à d’invraisemblables explications conspirationnistes impliquant Charles Enderlin, le correspondant de France 2 en Israël.

Le 30 septembre 2000, Mohammed Al-Dura, un enfant palestinien pris sous les tirs croisés d’activistes palestiniens et de soldats israéliens, est abattu au carrefour de Netzarim dans la bande de Gaza. Le commentaire de ces images par Charles Enderlin laisse supposer que les Israéliens l’ont tué. Bien que le général Yaalon, chef d’état-major de Tsahal (chef d’état-major adjoint au moment des faits) ait reconnu que les tirs israéliens ont probablement tué l’enfant, la Mena (Metula News Agency), un site internet israélien francophone s’autoproclamant agence de presse, prétend que toute cette affaire n’est qu’une imposture, une mise en scène orchestrée par les Palestiniens afin de diaboliser Israël. Cette version est longuement développée dans Contre-enquête d’une mise en scène, le livre écrit par le correspondant parisien de la Mena, Gérard Huber. Les animateurs de ce site internet ont également réalisé un film de quelques minutes dans lequel ils tentent de démontrer que les images de la mort de l’enfant diffusées par France 2 sont fausses.

La Mena se contente en fait de reprendre la thèse conspirationniste avancée par un certain Nahum Shachaf. Ce physicien israélien se présente comme un spécialiste en technologies de prises de vue. Il s’est fait connaître lorsqu’il a exprimé ses doutes quant à la culpabilité d’Ygal Amir dans l’assassinat d’Yitzhak Rabin : des tireurs postés à un autre endroit ont probablement abattu le Premier ministre, selon lui. Dans les mois qui ont suivi cet assassinat, des théories délirantes visant à minimiser la responsabilité de l’extrême droite religieuse ont été élaborées. Certains ont ainsi expliqué que le Shin Beth (service de sécurité intérieure), en accord avec Yitzhak Rabin, aurait secrètement chargé avec des balles à blanc le revolver d’Ygal Amir. Cette mise en scène devait discréditer la droite israélienne et renforcer le camp de la paix. Mais à la dernière minute, des balles réelles auraient été replacées dans l’arme. Toutes ces thèses farfelues ont été écartées par la commission d’enquête présidée par le Président de la Cour suprême, Meïr Shamgar.

Une étrange affaire

En revanche, dans l’affaire Al-Dura, personne d’autre ne vole la vedette à Shachaf. Trois semaines après l’incident de Netzarim, il convainc le général Samia, commandant en chef de la région Sud, de lui confier le soin de mener une enquête sur les circonstances exactes de la mort de Mohammed Al Dura. Shachaf lui fait part de ses doutes sur la culpabilité des soldats israéliens. Ses propos rassurent le général Samia qui n’a pas apprécié la précipitation avec laquelle l’état-major de Tsahal a classé cette affaire sans prendre la peine de blanchir ses soldats. C’est donc à titre privé que le général Samia l’autorise à enquêter. Yossef Duriel, un ingénieur que Shachaf a connu lorsqu’il s’est penché sur l’assassinat de Rabin, lui donne un coup de main. Ce dernier est exclu lorsqu’il déclare à une chaîne de télévision américaine qu’il s’agit d’une mise en scène palestinienne. Shachaf poursuit seul sans pour autant désavouer son comparse qui n’a commis qu’une erreur tactique en tenant ces propos sans en apporter la preuve. Plus d’un an et demi après, il boucle son enquête et réaffirme la thèse avancée par Duriel. Mais cette fois, Shachaf prétend qu’il peut le prouver : il n’y a pas d’affaire Al-Dura, c’est une imposture lamentablement reprise par des journalistes peu scrupuleux. En fait de preuve, il ne dispose que de témoignages sonores difficilement authentifiables, d’écrits - que le film de la Mena ne reproduit pas - et d’analyses d’angles de tirs effectués sur un autre site en raison de la destruction des éléments constitutifs du carrefour de Netzarim par l’armée israélienne.

Jusqu’à présent, personne en Israël, ni le gouvernement, ni l’armée, ni aucune association de combattants ou de vétérans, n’a utilisé les conclusions de l’enquête de Shachaf pour intenter quoi que ce soit contre France 2. Comme le reconnaît le rédacteur en chef de la Mena, Stéphane Juffa, seul Benjamin Netanyahou a inséré le film sur son site internet personnel. Lors de la séance du 8 novembre 2000 de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, un député a fait remarquer au chef d’état major, Shaul Mofaz (ministre de la défense aujourd’hui) qu’ on a l’impression qu’au lieu de chercher à comprendre ce qui s’est réellement passé, Tsahal a choisi de mettre en scène une reconstitution fictive et de dissimuler l’incident au moyen d’une enquête dont les conclusions sont préétablies et dont le seul but est de dégager la responsabilité de Tsahal pour la mort de Dura. Shaul Mofaz lui a notamment répondu que l’enquête de Nahum Shachaf est une initiative personnelle du général Samia. Ces propos ont été confirmés l’année suivante dans un rapport présenté devant le sous-comité des opérations internationales et des droits de l’homme de la Chambre des représentants des Etats-Unis dans lequel il est précisé que cette soi-disant enquête n’a aucune crédibilité. L’attitude des autorités israéliennes à l’égard de l’enquête de shachaf déconcerte la Mena et ses relais en diaspora. La réaction israélienne ne surprend pas Stéphane Juffa qui estime que les Israéliens ne comprennent pas l’importance la communication et de la hasbara (propagande). Cette explication sommaire fait l’impasse des épisodes du Karine A, du pseudo massacre de Jénine, ... que le gouvernement israélien a démontés sans problème. De plus, aucune télévision européenne ne s’est faite prier pour montrer dans certains reportages les différents aspects parfois burlesques de la propagande palestinienne depuis le déclenchement de la deuxième intifada.

Conclusions fantaisistes

Les interrogations concernant l’origine des tirs provoquant la mort de Mohammed Al-Dura ont malgré tout fait l’objet d’un documentaire sérieux réalisé par Esther Schapira, une journaliste de la télévision allemande ARD. Suite à une enquête dont la méthode n’a été à aucun moment remise en cause par les spécialistes des médias, elle considère qu’il n’est pas possible d’établir catégoriquement qui a tué Al-Dura. Aucune autopsie du corps n’a été réalisée. Cette mesure aurait indiqué l’origine des balles ayant tué l’enfant. En outre, l’armée israélienne a détruit tout ce qui a été érigé sur le carrefour de Netzarim. Dans ces conditions, il est impossible de procéder à une reconstitution de l’incident. Après avoir recueilli tous les témoignages des personnes impliquées dans ce drame, j’ai dû constater qu’Al-Dura a été probablement tué par des tirs palestiniens. Je dis bien probablement car je ne dispose d’aucune preuve pour l’affirmer avec certitude, précise Esther Schapira. C’est pourquoi on ne peut l’associer aux extravagances de Shachaf. Contrairement à ce qu’affirme la Mena, il est faux de prétendre que mon film se fonde sur les travaux de ce physicien. Je l’ai rencontré au début de mon enquête lorsque j’interrogeais ceux qui étaient mêlés à cette affaire. Mais j’ai décidé de ne pas insérer son témoignage dans mon reportage. Ce qu’il avançait n’était pas convaincant. De plus, je n’ai jamais mis en doute l’authenticité des images de France 2. Je ne prétends pas qu’il s’agit d’une mise en scène, insiste Esther Schapira.

Malheureusement les conclusions fantaisistes et calomnieuses de Shachaf à l’égard de France 2 et Charles Enderlin fait son chemin. L’indifférence générale que suscitent ces thèses conspirationnistes en Israël n’empêche nullement la Mena de parcourir les centres communautaires juifs francophones pour projeter son film. Le public lui réserve d’ailleurs un accueil généralement favorable. A l’issue de certaines projections, des personnes se lèvent et demandent pourquoi Israël ne réagit pas en diffusant aussi des images de propagande ! Le malaise qu’éprouvent beaucoup de Juifs à l’égard des manifestations d’antisémitisme et de la surmédiatisation du conflit israélo-palestinien explique hélas le succès de ce film auprès d’un certain public. Par contre, cela ne justifie pas le mensonge et la diffamation d’un journaliste honnête et intègre comme Charles Enderlin.



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