Par Debra DeLee - Bitterlemons-International 27 - 16 juillet 2009 - Traduction La Paix Maintenant (France)
Les dirigeants israéliens se disent effarés par "l’obsession" de l’administration Obama concernant la croissance des implantations sur la Rive occidentale du Jourdain. Les ruminations interrogatives du Premier ministre Benjamin Natanyahu ont récemment été citées : « Qu’est-ce qu’ils me veulent ? » Ses collaborateurs ont indiqué à la presse et aux responsables juifs américains que la position adoptée par Washington quant aux colonies est « infantile », « stupide » et « illusoire », et que l’équipe d’Obama devrait « reprendre ses esprits ».
Je ne crois pas que Natanyahu et ses collaborateurs soient vraiment désorientés ou sidérés par la demande du gouvernement américain qu’Israël stoppe toute construction dans les implantations de la Rive occidentale. Ils savent en quoi les colonies font obstruction à la négociation sérieuse d’un accord de paix avec les Palestiniens. Ils savent qu’elles sont un obstacle à la mise en place d’une solution à deux États, et donc une entrave à la politique américaine dans la région. Ils savent également qu’Israël est concerné par la feuille de route pour un processus de paix, laquelle appelle au gel de tout développement des implantations, "croissance naturelle" incluse.
Ce qu’ils refusent apparemment de comprendre, c’est que ce président-là, à la différence de ses prédécesseurs à la Maison Blanche, le pense vraiment. Il croit sincèrement ce qu’il dit quand il affirme vouloir pousser énergiquement à la conclusion d’un traité global de paix au Moyen-Orient, comprenant la création d’un État palestinien. Ce président-là pense ce qu’il dit et dit ce qu’il pense. Le président Barack Obama a promis aux Américains de toujours leur dire la vérité. Il fait pareil avec ses interlocuteurs outre-Atlantique.
Les Israéliens conscients de mon expérience au parti démocrate et dans la vie politique à Chicago me demandent souvent ce que Barack Obama essaie réellement de faire au Moyen-Orient, et pourquoi il insiste pour que les Israéliens gèlent les implantations. Qu’est-ce que ça cache, questionnent-ils. Je dis à mes amis israéliens qu’ils n’ont nul besoin de ma science. La réponse est claire. Il n’y a pas d’agenda secret. Inutile de jouer aux devinettes ou de lire dans le marc de café. La politique affichée par Obama est sa vraie politique. Ce que vous voyez est ce que vous aurez. C’est aussi simple que ça.
Au demeurant, Obama déteste la politique des clins d’œil complices. Il déteste le temps passé à dire une chose et en faire une autre, autrefois typique des relations israélo-américaines - à propos de l’essor des implantations sur la Rive occidentale en particulier. Il le dit. « Être un bon ami, c’est se montrer honnête », a-t-il récemment souligné sur les ondes nationales. « Et je pense que nous n’avons pas toujours été aussi honnêtes que nous le devrions sur le fait que l’orientation actuelle, la trajectoire actuelle dans la région est profondément négative, non seulement pour les intérêts israéliens, mais aussi pour les intérêts américains dans la région. » Les implantations, précise-t-il, sont concernées.
Dans un récent entretien avec Thomas Friedman, du New York Times, Obama a fait remarquer avec justesse qu’on assiste à « une constante danse de Kabuki » quant aux tentatives de paix au Moyen-Orient, ajoutant simplement : « C’est ce que je voudrais voir brisé. J’ai l’intention de tendre un miroir en disant : “Voici la situation, et les États-Unis sont prêts à travailler avec vous tous à régler ces problèmes”. » Puis d’affirmer : « Aux gouvernants de prendre le gouvernail et, avec un peu de chance, leur peuple les soutiendra. »
Obama, lui, gouverne. Il le fait résolument et ouvertement, avec la crédibilité et le charisme mêmes - à l’intérieur comme à l’international - qui faisaient défaut à nombre de ses prédécesseurs. Je crois que si les dirigeants, au Moyen-Orient et dans le monde, relevaient le défi et la promesse du président Obama, il se pourrait bien qu’ils trouvent enfin en lui le garant d’une paix durable entre Juifs et Arabes.
Si Natanyahu et son équipe prenaient le programme du président au sérieux, ils pourraient - et devraient - se rendre compte que cela constitue une rare occasion d’en finir, une bonne fois pour toutes, avec le conflit israélo-arabe, y compris le conflit entre Israël et les Palestiniens.
Le président Obama a clairement établi pourquoi le gel des colonies est impératif. Il aspire à des négociations significatives en vue d’une résolution définitive du conflit. Pour que de telles négociations puissent valablement se tenir, Israël ne saurait prendre des mesures qui préjugent de leur issue, ni s’engager dans des entreprises que les Palestiniens et leurs frères arabes dans la région voient comme provocatrices et agressives.
De toute évidence, il revient aux Palestiniens de faire des pas qui démontrent leur sérieux à l’égard des négociations de paix et aux gouvernements arabes de soutenir les efforts de paix. Le président les y pousse. Mais ce que les Arabes font ou non ne change rien à ce qu’Israël devrait faire.
Nous, les Américains pour La Paix Maintenant et nos amis israéliens de Shalom Archav, croyons qu’au nom de sa sécurité, de sa stabilité et de sa prospérité à long terme, Israël devrait immédiatement faire marche arrière dans l’entreprise de colonisation. Et maintenant, spécialement maintenant, au lieu de chercher des « shtrucs muches [1] pour contourner le gel des implantations » - selon la formule du député de New York Gary Ackerman, un ferme ami d’Israël - Natanayu devrait faire tout ce qu’il est possible pour saisir l’occasion offerte par Obama.
À nos yeux, aucun homme d’État israélien ne peut se permettre de tourner le dos à cette opportunité. Des générations d’Israéliens vont demander des comptes aux dirigeants qui auront raté des chances de paix pour s’être entêtés, à la place, à renforcer la dévastatrice occupation de la rive occidentale du Jourdain par Israël.
Debra DeLee, ex-Présidente du Comité national démocrate, est Présidente des Americans for Peace Now.
[1] "Shticks and tricks", littéralement des "shtucs et des trucs", telle était la formule de Gary Ackerman accommodant les "trucs" des prestidigitateurs et autres sorciers de Thanksgiving à la mode yinglish.