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Iran : un motif de soulagement
[Une vague submerge le Moyen-Orient depuis Téhéran. Comment pourrait-elle influer sur le conflit israélo-palestinien ? Le Hamas pourrait être affecté par le chaos iranien, de manière directe comme indirecte, via le Hezbollah. Dans quelle mesure les événements déstabiliseront-ils les deux mouvements islamistes alliés au régime de Téhéran ? Si l’Iran se voit affaibli, il deviendra un motif de moindre préoccupation pour Israël, l’OLP et les Etats-Unis. Tous pourront consacrer davantage d’énergie à un processus de paix israélo-palestinien. Conjectures sur un effet de dominos régional.]

mise en ligne : mercredi 24 juin 2009

Par Yossi Alpher - Bitterlemons 24 - 22 juin 2009 - Traduction Kol Shalom

Une vague submerge le Moyen-Orient depuis Téhéran. Comment pourrait-elle influer sur le conflit israélo-palestinien ? L’issue des troubles paraît des plus incertaines. Il convient, à ce stade-ci, de considérer les réflexions qui suivent comme de simples conjectures. Relevons que les protestations restent dans le cadre du régime, plus qu’elles ne s’y opposent. Il ne faut vraisemblablement en attendre aucune modification majeure dans les orientations iraniennes envers le conflit israélo-palestinien.

A un niveau évident mais indirect, on peut interpréter les élections iraniennes et la contestation post-électorale comme une retombée, au moins partielle, du nouvel esprit libéral projeté par le Président américain Barack Obama dans son discours du Caire. Les Arabes et d’autres musulmans semblent y avoir reconnu une Amérique plus amicale et plus équitable. Au Liban, ce phénomène peut avoir incité des électeurs à voter pour le camp pro-occidental. En Iran, la falsification flagrante par le régime des résultats du scrutin au profit du faucon Mahmoud Ahmadinejad reflète probablement la peur de s’engager envers Obama et les politiques plus éclairées qu’il incarne. L’esprit Obama peut-il affecter également la politique au sein de l’Autorité palestinienne ? Si oui, comment ? Quid des élections de l’AP envisagées au début de l’an prochain et qui requerront probablement la formation préalable d’un gouvernement d’union nationale ? Quid de la politique interne au Fatah, alambiquée et opaque ?

Le Hamas de son côté pourrait être affecté par le chaos iranien, de manière directe comme indirecte, via le Hezbollah. Les deux mouvements islamistes, alliés au régime de Téhéran, doivent se demander dans quelle mesure les événements les déstabiliseront. Tout développement en ce sens améliorerait la position stratégique tant de l’OLP que d’Israël face à ces organisations islamistes radicales.

Si les événements post-électoraux affaiblissent l’Iran, celui-ci deviendra un motif de moindre souci pour Israël, l’OLP et les Etats-Unis. Tous pourront consacrer davantage d’énergie à un processus de paix israélo-palestinien. Ceci pourrait embarrasser le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou. En effet, il s’est efforcé de présenter la menace iranienne comme prioritaire par rapport à la question palestinienne. Avec ses réserves sur la solution à deux Etats, c’est à contrecœur et de manière seulement partielle qu’il a adopté le programme du Président américain. En ce sens, les événements iraniens pourraient miner sa posture de négociation face à Washington.

Mais il pourrait renforcer celle-ci si il choisissait de relancer les négociations de paix avec la Syrie. L’Iran constitue l’unique partenaire stratégique de Damas. Pour envisager un processus de paix fructueux, Jérusalem souhaite s’assurer de ce qu’il sapera de manière significative l’axe Syrie-Iran. Il est envisageable que Damas puisse en tous cas vouloir réévaluer ses relations avec Téhéran. Et, comme le font observer beaucoup de Palestiniens, si l’on réussit à neutraliser Damas comme base avancée des intérêts iraniens, cela affaiblirait le Hamas à Gaza. Ce facteur améliorerait les perspectives de nouvelles négociations entre Israël et l’OLP installée à Ramallah.

Voici trente ans, immédiatement après la prise de pouvoir par l’Ayatollah Ruhollah Khomeini, Yasser Arafat fut le premier leader étranger à rendre visite à l’Iran révolutionnaire. Son accolade à Khomeini, l’une des plus fameuses photos de la victoire islamiste à Téhéran, fit le tour du monde. La représentation diplomatique de l’OLP se vit honorée du bâtiment qui avait abrité l’ambassade d’Israël. Mais, avec le temps, l’OLP devint plus modérée. Elle engagea des négociations de paix avec Israël. La République islamique adopta l’ennemi de l’OLP, le Hamas. Elle rejeta de manière radicale le principe même d’une solution à deux Etats.

Aujourd’hui, les manifestants pro-Moussavi clament (plus que certainement sans fondement) sur les places de Téhéran s’être heurtés à des éléments du Hamas et du Hezbollah parmi les forces qui les réprimaient avec brutalité. Est-il excessif de souhaiter que les événements d’Iran engendrent un régime qui, revenant à une attitude révolutionnaire antérieure, mette un terme à son ingérence active et hostile dans le conflit israélo-palestinien ?


Yossi Alpher est codirecteur de bitterlemons.org et bitterlemons-international.org. Il est ancien directeur du « Jaffee Center for Strategic Studies » et ancien conseiller principal du Premier Ehud Barak.

Source : www.bitterlemons.org

 
 

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